Je travaille à partir d’images imprimées en grand format. Je prélève horizontalement et verticalement cette image à l’aide de bandes de ruban adhésif. Pour reconstituer l’image finale, je tisse ces bandes de scotch après les avoir effacées partiellement. Le scotch conserve par endroit des résidus d’encre, des fragments de papier ; parfois il apparaît intact et offre alors une transparence à l’oeuvre finale. De la trame de ce tissage résulte des dizaines, des centaines de petit carrés qui reconstituent la représentation initiale. Mon support devient donc ce scotch tissé et tendu sur chassis, infiniment fin et partiellement transparent. D’apparence fragile, j’encolle au final cette surface qui devient ainsi une véritable toile de scotch. 

Le tissage me permet de créer un contraste fort entre une technique traditionnelle, artisanale, lente et minutieuse et un rendu qui évoque la trame des images pixellisées, numérisées, objets de communication et supports de nos mémoires virtuelles. Ainsi, ce travail questionne notre rapport au temps dans sa conception (l’effacement, la trace et sa reconstitution), dans son champ référentiel (le temps du travail manuel : l’artisanat en opposition à l’immédiateté numérique) mais également dans sa matérialité : une représentation éthèrée où matériau et support se confondent.

Se souvenir de l’oubli

Mon travail est à l’inverse de celui du peintre : je ne peins pas, j’efface, pour mettre en exergue l’absence, la disparition de ce qui fût. Je questionne le rapport qui existe entre la trace et son support. 

Prélever, effacer, tisser. 

Prélever, c’est à dire que de ce geste commence une sélection que j’accentue pour, au final, retrouver le vide, la disparition. Seul, le ruban adhésif gardera le souvenir de l’encre et parfois des fragments de papiers. L’image devient évanescente ; les limites entre la forme et le fond ne sont plus très nettes. L’objet lui-même est évanescent. Le rendu «pixellisé» brouille la représentation qui peut s’avérer, à con­trario, très lisible, vue sous un autre angle. Il faut avancer, reculer pour espérer saisir - du regard - l’oeuvre dans sa globalité. L’image n’est pas à proprement parlé changeante, c’est ce qui lui arrive qui change.     

La photographie de ces travaux ne met pas en avant la notion de transparence. De même, n’apparait pas la question de la distance : face aux tableaux, le spectateur est contraint de se déplacer pour que l’image devienne visible.