Eric à 9 ans, il est élevé par sa tante et son oncle car ses parents ne veulent pas s'occuper de lui. Il n'a plus de contact avec sa mère et il ne voit son père que une à deux fois par mois. C'est un enfant très sage à l'atelier et très appliqué. Sa tante parle pourtant d'énormes colères à la maison durant lesquelles éric peut se montrer violent.

Lorsqu'il arrive à l'atelier Eric me montre tout son "savoir faire" : il est doué en dessin et adore dessiner des oiseaux. Je lui amène un livre sur les oiseaux et il passe un certain temps à redessiner soigneusement et à l'identique certains de ces oiseaux. Son savoir faire s'avère en fait être un frein, un obstacle car Eric finalement n'expérimente rien de nouveau et ne s'aventure pas dans d'autres formes de création. C'est certainement une sécurité pour lui mais une impasse aussi dans le processus créatif. A chaque fois il me montre ses dessins en attendant d'être félicité. Cette maîtrise et ce besoin de perfection m'interroge aussi sur sa probable angoisse d'être rejetté ou non accepté dans sa totalité imparfaite.

Un jour je lui fait remarquer que ses oiseaux n'ont pas de nids et qu'il pourrait essayer d'en dessiner un (ses dessins ne proposent jamais de fond ou de décor, l'oiseau est toujours représenté seul sur la feuille blanche). Cela déclenche en lui une réaction très vive. Il me dit : "ah ben non alors ! il s'est fait foutre à la porte du nid, on lui a dit dégage ! et il a du partir." Je lui fait alors remarquer que cet oiseau devait être vraiment très en colère mais aussi très triste. Eric reste silencieux, Il ne dira rien de plus sur cette séance.

La semaine suivante, éric me dit qu'il veut dessiner un coeur brisé : sur une grande feuille je l'aide à représenter un grand coeur qu'il veut accrocher au mur. Puis il représente des félures sur tout l'ensemble du coeur. Il ne terminera pas la mise en couleur de ce coeur brisé et me dira plus tard que c'est trop douloureux pour lui et qu'il préfère ne pas terminer.

Plusieurs mois après, éric me fait part de son nouveau projet ; il souhaite faire de la mosaïque. La technique de la mosaïque n'est elle pas précisément de rassembler des fragments afin de les unifier ? La représentation de l'image du coeur brisé était semble t-il trop directe, trop implicite et sans possibilité de réparation alors que la technique de la mosaïque, de façon détournée, permet de rassembler, de réunir. 

Dans ce cheminement artistique et symbolique, Eric a pu exprimer sa colère due au rejet de ses parents. Il a représenté sa tristesse profonde puis a ressenti le besoin de réparer, de rassembler.
 


Yvan (7 ans) : Le bleu orphelin
Laure (17 ans) : Une histoire en Mangas
Jacques (retraité) : Les fantômes
En pratique

L'atelier Prunelle